« Opération Mozart » de Yann Quero

Il s’agit là, sous une belle couverture due à Siudmak, d’une nouvelle version remaniée et en format poche du quatrième roman de Quero, La Tempête de Mozart dont je n’avais pu que conseiller vivement la lecture à l’époque et je n’en changerai pas un mot.

Imaginez… oui, imaginez que ce roman parle de machines à remonter le temps. Voilà qui serait un sujet bateau. Imaginez que vous considériez cela comme de la science-fiction. Imaginez… qu’en réalité, vous auriez tout faux.
Simplement parce qu’en matière d’imaginaire, si la science n’est pas en reste, elle n’est et n’a jamais été qu’une façon de rêver.
Et nous avons ici un personnage qui rêve vraiment. Qui, parce qu’il est immensément riche, suppose qu’il pourrait offrir à une mère près de la fin et qui pourtant ne l’a jamais vraiment aimé, un cadeau qui lui vaudrait cet amour. Voilà un rêve qui fut souvent partagé et jusqu’à l’obsession.
C’est pourquoi Elias Zainoun, quand il aura la possibilité risquée d’un aller-retour dans le temps, n’hésitera pas à sacrifier argent et, peut-être aussi, réputation. Car sa mère a vécu et mourra avec une seule idée, Mozart aurait mis en musique La Tempête de Shakespeare et, si sa mort précoce l’en a empêché, en avait forcément l’intention. Elle n’en a guère trouvé trace que dans un vague livre, mais quand on aime Mozart à ce point…
Si seulement Mozart avait pu bénéficier des soins actuels et échapper à la mort… au moins le temps de cette Tempête ?
Ainsi, à peine aura-t-il pris la succession de l’empire financier de son père, que, sur un coup de tête, Elias embarquera dans ce projet fou toute une petite équipe tenue au secret. L’inventeur malchanceux et terrifié qui verra ses théories à l’œuvre, le médecin mélomane ami de sa mère, la secrétaire de son père, jolie femme sensée qui ne pourra le raisonner, le technicien de génie pervers pouvant être tenu par le chantage, et deux compatriotes dévoués : gros bras pour la sécurité et petite main pour l’intendance.
En route pour récupérer Mozart à travers le temps puisqu’on connait bien les détails de sa mort. Et d’une grande partie de sa vie d’ailleurs, même si tout ce qui touchait à la franc-maçonnerie fut occulté au maximum.
C’est toutefois le propre des meilleurs plans que de clocher. D’ailleurs, si ce n’était pas le cas, lirait-on des romans dont ces aléas font en partie le charme ?
Après des romans très orientés vers la protection de l’environnement, qui lui tient à cœur, l’auteur nous proposait ici un récit à la fois léger – sans recherche de virtuosité scientifique – et documenté invitant, comme il se doit, à une réflexion sur les paradoxes temporels sans doute mais, surtout, sur la nature humaine. Dans ce genre comme dans l’autre, voilà un auteur que l’on peut lire avec plaisir, même si l’on n’est pas mélomane et qu’on ignore presque tout de Mozart.

Éditions Bleu nuit 
344 pages – 9€40
ISBN : 978-2-35884-127-6

Hélène

Hélène Marchetto est peintre et illustratrice, écrivaine et anthologiste, chroniqueuse. Elle est également responsable Littérature pour le festival Nice Fictions et directrice littéraire aux Vagabonds du Rêve.

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