Sintonia, d’Audrey Pleynet

Après son Rossignol, lauréat du prix Utopiales 2023, voilà qu’Audrey Pleynet voit son deuxième roman publié par Le Bélial’. Le premier, Noosphère, avait reçu un accueil mitigé de la part des lecteurs, mais Rossignol a rassemblé les critiques amateurs ou professionnels. Qu’en est-il de Sintonia ?
L’intrigue se déroule sur quelques années : 2354, 2355 et 2359. Après la guerre des Ires, la civilisation humaine s’est organisée en cités-états, notamment Venise, Paris, Amsterdam, etc. On distingue les villes-tiges qui s’élèvent jusqu’aux nuages et les villes-bulbes qui restent au Sol. Ceci est possible grâce aux nanotechnologies. Au sein des villes, les différentes guildes structurent la société. Sintonia est une guilde de femmes assassins qui bénéficient de nanites particulières. Elles permettent aux plus âgées de contrôler les plus jeunes. Les contrats passés sont toujours honorés jusqu’au jour où la guilde est elle-même décimée. Par qui ? Pourquoi ? Comment ?
Talia, Azzura, Agnese et Reyna survivent au massacre et vont devoir commencer par se soigner puis continuer à vivre tant bien que mal. Chacune croit être la seule survivante. Les chapitres les suivent en alternance ce qui conduit à introduire de nombreux personnages secondaires spécifiques à chaque situation. Il s’agit donc d’une lecture exigeante comme l’avait été celle de Rossignol. Tout finit par se rejoindre à la fin (on s’en doute) mais cela est habilement fait. Les sœurs se retrouvent selon des cheminements particuliers et pour des raisons différentes. La chute est également assez inattendue.
Presque tous les protagonistes sont des femmes. Faut-il y voir un brin de féminisme ? La question est posée !
Les propriétés des nanotechnologies invoquées en différentes circonstances ne sont pas toujours très crédibles, mais c’est le cas de pas mal d’inventions de la littérature de science-fiction. On ne peut donc pas vraiment le reprocher à l’autrice. Par contre, le « Diapason », qui est le moyen pour toutes les Sintonia de communiquer entre elles, est un terme bien choisi. En effet, le diapason donne, en musique, la fréquence sur laquelle tous les instruments se basent pour jouer ensemble. Il paraît donc possible d’extrapoler qu’il donne le moyen, pour les Sintonia, de s’accorder entre elles. D’autres termes, comme « fractal », semblent moins appropriés au contexte dans lequel ils sont utilisés.
Le style est plutôt agréable et la découpe en 49 chapitres permet une lecture à la carte. Relire, par exemple, tous les chapitres concernant Agnese ou une autre de ses sœurs est possible.
Au final, Sintonia est un récit original dont la forme et le style font du neuf avec du vieux. On guettera donc avec envie le prochain roman d’Audrey Pleynet !
Edition Le Bélial’, 2025
416 pages, 22,90 €
